20 août 2009

Les amortisseurs publics !

Introduction
A lire dans REFLETS N°72, revue de la basse-Normandie: quand une collectivité territoriale, dirigée par des socialistes, finance - à l'exemple du l'actuel gouvernement, des investissements privés capitalistes avec l’argent des contribuables। Les bénéfices de ces financements publics ainsi privatisés - soit disant pour préserver l'emploi - seront-ils redistribués sous forme de dividendes aux investisseurs-contribuables ? Quand et de quelle manière ?

L’argent public transformé en amortisseurs du capital.
«Aides à l’emploi et à la formation», «aider les salariés et les entreprises à passer le cap», «15 millions d’euros supplémentaires pour accompagner les salariés et les entreprises», «contexte économique aussi difficile pour les entreprises que pour leurs (sic) salariés», soutien des «besoins de trésorerie des PME», garantie de prêts de "11 entreprises à hauteur de 12 millions d'euros."
23 millions d’euros d’argent public de la Région bas-normande depuis 2005 pour «consolider» la filière automobile. Entreprise Faurecia regroupe ses trois usines avec le financement partiel de collectivités territoriales – donc de l’argent public. Vive la prise de risques par le privé ! (1)

Les entreprises capitalistes, en période de choux gras, distribuent bénéfices, dividendes autres actions gratuites à leurs associés et actionnaires. Mais en période de vaches maigres, les collectivités territoriales, comme la Région basse-Normandie, leurs servent d’amortisseurs. Ce qui, pour autant, n'empêche ni licenciements ni suppressions de postes. Bien au contraire. Comme l’écrit si joliment et ingénument Reflet, la revue des entreprises bas-normandes : "depuis la fin 2008, Faurecia a dû supprimer 255 postes par départs volontaires et 350 contrats d’intérimaires". (2)

A travers les page de cette revue, un leitmotiv revient : Aider les entreprises à passer la cap, c'est à dire leur préparer un joli le rebond. Mais jamais il n'est question de remboursements des fonds publics auprès des contribuables après que le rebond surviendra...

La victoire de l’idéologie libérale.
Sa victoire est d’avoir su pénétrer les esprits à un point tel que l’entreprise capitaliste est dorénavant perçue et présentée comme la source des richesses ainsi que la bienfaitrice pourvoyeuse des emplois (d’ailleurs, c’est devenu tellement vulgaire d’employer l’adjectif «capitaliste» après le joli mot «entreprise»). Cette évidence est devenu lieu commun - que dis-je, une telle évidente évidence que tous – ou presque, sans l’ombre d’une critique, s’inclinent devant elle. Puisqu’on vous dit que c’est l’entreprise (donc le capital) qui fournit le travail. Merci not’ bon maître. C’est bien pour cela qu’il faut sans cesse aider le capital et «réduire ses charges» (3). Remerci.

Or, c’est tout le contraire qu’il faudrait comprendre : Les capitaux accumulés par les entreprises ne sont pas descendus par miracle du Mont Sinaï. C’est le travail accumulé des salariés qui est source du capital – celui-ci devenant juridiquement propriété des entreprises. Ce sont donc les salariés, et eux seuls, qui produisent les richesses et, par conséquent, sont seuls créateurs de leurs propres emplois. L'entreprise étant seulement le "conteneur" de cette opération de mutation du travail social vers le capital privé. Juridiquement parlant, tout est en ordre. Quant à la légitimité de cette mutation du travail socialisé se retrouvant privatisé dans le capital, le débat reste grand ouvert. Mais quand les finances publiques viennent accompagner cette privatisation du bien commun au profit de ce même capital, bien malin qui pourrait apporter une explication rationnelle.
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(1) Le capital productif est composé de deux éléments inséparables : 1) le capital fixe constitués des éléments matériels et financiers des moyens de productions. 2) le capital variable constitué des hommes et femmes salariés. Ce dernier, comme son nom l'indique, est utilisé comme variable d'ajustement à la préservation des profits capitalistes.
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(2) L'entreprise "a dû supprimer par départs volontaires". Je n'ai jamais compris ce que signifiait en droit du travail ce type de "départ volontaire". Ou bien le départ relève de la seule volonté du salarié, actée par sa démission, c'est donc un vrai "départ volontaire" qui ne relève pas de la volonté de l'employeur.
Ou bien son départ de l'entreprise ne relève pas de sa seule volonté - c'est donc ici un "départ involontaire", donc départ forcé, donc licenciement déguisé hypocritement camouflé sous la formule juridique "rupture du contrat de travail par la volonté d'une des deux parties contractantes".
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Quant aux 350 autres licenciements évoqués par la revue Reflets, ils ne sont ni volontaires ni involontaires puisqu'il est écrit que ce sont seulement "350 contrats d'intérimaires". Quand le nouveau langage dit libéral se fait plus soft : on ne licencie plus des êtres humains, on supprime seulement des "contrats d'intérimaires". Ouf ! cela rassure...
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Notes de lecture : Le Nouvel Observateur n° 2337 vient de publier un dossier « Le grand retour de Marx – Pour comprendre le capitalisme d’aujourd’hui ». A lire seulement si vous avez du temps à perdre car rien à y apprendre d’intéressant. Les auteurs du dossier ont peut-être lu quelques textes de Marx mais n’y ont probablement rien compris. C'est un simple travail de compilation qui nous est présenté. Ils poussent même la performance jusqu’à ne rien dire de la « théorie de la valeur ». L’ouvrage de Jacques Attali « Karl Marx ou l’esprit du monde » a le mérite, lui, d’avoir été écrit par une équipe qui comprenait ce dont elle parlait et qui, pages 298, 299, 300, 301 n’oublie pas de s’attarder sur l’essentiel. Ce que le Nouvel Obs n’a pas fait. Inexcusable.