Si je suis élu(e) je déciderai…
Les candidats à la candidature font part de leur programme, développent leurs projets pour convaincre les électeurs et concluent généralement par la phrase suivante: “si je suis élu(e) je réformerai ceci, j’interdirai cela, je ferai voter une loi sur, je demanderai de réformer le traité de Lisbonne, etc..” Tout y passe y compris les redoublements des élèves en CM1. Question jamais posée : comment ferez-vous au regard de vos prérogatives constitutionnelles?
A la dernière question du journaliste sur France 2 mercredi soir “Quelle présidence exercerez-vous ?” - L’un est l’autre répondent à côté de la question, soit qu’ils n’en comprennent pas le sens, soit qu’ils refusent de s’engager sur ce terrain glissant.
Deux silences qui masquent l’essentiel
1) Les candidats s’abstiennent généralement de mentionner que le président de la République n’a ni la vocation, ni le pouvoir de faire voter les lois pour faire appliquer ses promesses. En outre, nul ne sait aujourd’hui ce que sera la composition de la future Assemblée nationale. Il est donc nécessaire de rappeler que les projets et promesses des candidats sont conditionnés par le résultat des élections législatives et non pas par l’élection présidentielle.
2) La République est régie par un régime parlementaire et non pas présidentiel. La prérogative essentielle du président élu est de nommer un Gouvernement (1). Cependant, la composition du gouvernement s’accompagne de l’obligation pour lui d’y trouver une majorité à l’Assemblée nationale... Conformément à la Constitution, une fois nommé, le Gouvernement est alors placé sous le contrôle de l’Assemblée nationale (et non pas sous le contrôle du président comme cela se passe depuis 2007 avec Nicolas Sarkozy). Là encore, on voit combien le résultat des élections législatives est essentiel pour concrétiser projets et promesses etc.. Sinon…
Conclusion
Le fait que ces questions fondamentales soient systématiquement passées à la trappe est très inquiétant. Cela contribue à propager illusions aujourd’hui et déceptions demain. Cela laisse surtout apparaitre que le style “hyper présidence” et “pouvoir personnel” instauré par Nicolas Sarkozy n’est pas remis en cause par les candidats à la candidature qui se sont exprimés hier soir. Ce n’est pas ma conception de la République parlementaire.
Avant d’envisager une VIème République, il conviendrait d’abord de respecter les principes de la Vème, notamment en appliquant l’article 20 et 21 de l’actuelle Constitution.
Gouvernement de la République ou Gouvernement du président ?
(1) Le fait pour le Président de “nommer le Gouvernement” ne signifie nullement “nommer son Gouvernement”. C’est la République qui a un gouvernement, pas le président. A l’évidence, Martine Aubry et François Hollande”, refusent eux aussi, comme Sarkozy, d’admettre ce principe pourtant essentiel qui différencie une république parlementaire d’une république présidentielle à connotation monarchique. Dans ce domaine, ce qui les sépare de l’actuel président a l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes. Il suffit de les écouter avec attention.
Ainsi, lorsque F.Hollande indique au détour d’une phrase que le choix du Premier Ministre se déterminera à partir de la campagne présidentielle, il se plante complètement. Martine Aubry aurait pu et aurait dû le reprendre magistralement sur ce point. Malheureusement, j’ai depuis longtemps la conviction qu’elle n’a jamais lu la Constitution ou qu’elle n’y a rien compris (c’est la composition de l’Assemblée nationale élue qui définit le profil du Gouvernement nommé par le Président. Ce principe s’est inscrit dans l’Histoire depuis le 16 juin 1946 afin de soustraire la composition des gouvernements aux combinaisons des partis. Aucun président n’a pu depuis s’y soustraire).
Pour revoir l’émission sur France 2: http://www.francetv.fr/2012/pour-revoir-le-debat-aubry-hollande-du-mercredi-12-octobre-7279
NB 1: On s’attardera plus particulièrement sur la dernière question de David Pujadas – quelle témérité l’a soudain saisi - lorsqu’il demande aux deux candidats d’exposer leur conception de la présidence au regard des institutions: le Président a-t-il trop de pouvoirs? Les réponses des deux impétrants dégénérèrent en véritable cafouillage. Une bouillie incompréhensible sur “l’incarnation de la France” (sic), le renforcement du rôle du Parlement (c’était pas la question), rendre la justice indépendante (ce n’est pas en son pouvoir), de la réforme du Conseil constitutionnel (ce n’était pas la question). Zéro pointé sur ce thème. Ce n’était pourtant pas difficile de dire: “Conformément à l’article 8, je nommerai un gouvernement” Et de préciser “conformément à l’article 20, ce gouvernement définira et conduira la politique de la Nation”. Etant entendu que”ce gouvernement sera conforme avec la volonté majoritaire qui se dégagera de l’Assemblée nationale”. Non, cela leur semblait trop difficile à dire. Plus qu’inquiétant. Pourquoi ces silences ?
NB 2: Rappelons au passage que, selon la Constitution, c’est le Gouvernement qui devrait disposer de la force armée, et non pas Nicolas Sarkozy. Or, qui a décidé d’envoyer nos soldats en Afghanistan et en Lybie ? La réponse est dans la question.

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