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6 oct. 2011

Et c’est tout ?

Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien
Aragon

De Lourdes ou de Thibériade, la croyance dans les miracles nous vient de loin.
Hier, j’ai attentivement écouté le débat dit des “primaires socialistes” entre les candidats à la candidature. C’est peu dire que mon étonnement va grandissant devant ces flots de compétences dont disposerait dorénavant le ou la titulaire de la charge présidentielle. Non seulement les compétences, mais aussi – à les entendre s’exprimer - la possibilité qu'aurait le futur président, pour notre plus grand bonheur, de décréter de nombreuses réformes dans les domaines de l’enseignement, la santé, l’aménagement du territoire, la réindustrialisation de la France, le développement économique, la politique sociale, le projet européen, la concurrence  internationale, la charge de la dette, la réforme fiscale, le retour aux solidarités,  le problème des banlieues, la sécurité des citoyens, le mieux vivre ensemble, la réforme de la justice, le rétablissement des valeurs républicaines, etc.. En attendant ces faiseurs et faiseuses de miracles à venir, que deviendront tous ces corps intermédiaires compétents dans ces domaines ? Ils somnoleront en attendant eux aussi le messie ?

Ils ont oublié quelque points très importants
Cependant, trois domaines relevant indéniablement des compétences du prochain président ont été oubliés hier par les débatteurs: la hauteur maximum autorisée des trottoirs dans les zones urbaines, la dimension des cahiers d’écoliers dans les établissements publics et la possibilité de vendre des fromages livarot dans des boites rectangulaires et non plus carrées.

Tu votes et t'attends la suite
Hormis ces trois oublis, le champs d’action du (de la) locataire de l’Elysée sera apparemment  sans limite. Les citoyens ébahis,  réduits à une position de spectateurs, sont invités, à grand renfort de publicité, à regarder ce spectacle où concourent aujourd'hui les plus hautes compétences politiques de notre pays formées par l'ENA. Restera à attendre placidement la mise en oeuvre du “voici ce je ferai lorsque je serai président(e)”. Déjà que les syndicats et le militantisme sont en voie de disparition, ces primaires-spectacle sans réelle signification viennent accentuer l'invitation à la passivité. Après les incontations aubristes et les prudences de chanoine hollandistes, le PS vient d'inventer le pompon de la démobilisation populaire. Tu votes et tu attends la suite.

Et les institutions:  existent-elles encore ?
Et le fonctionnement des institutions complètement oubliés des débats ? Broutille que tout cela ! A-t-on le temps de s’interroger et débattre sur les procédures de fonctionnement de la République ? Certes pas. D’ailleurs, a-t-on encore besoin d’une Constitution ? On peut en douter. Sachant que nous sommes invités à élire un monarque, sorte de grand-prêtre visionnaire, aura-t-on encore besoin d'une République ? Elle a bonne mine Ségolène avec ses fans orphelins de la "démocratie participative". Passée aux oubliettes... On n'est plus ici dans les projets de société mais plutôt dans la fabrication de produits marketing. 

Comme de bien entendu, il n'est plus besoin de gouvernement
Et le Premier ministre et son gouvernement ? A-t-on aussi besoin de cela puisque, demain comme hier avec Nicolas Sarkozy, c’est le président seul, oint de l'onction populaire, qui gouvernera la France et ses habitants (1). Dorénavant, on ne dit plus “le gouvernement de la République”, on dit  “le président et son gouvernement”. A-t-on entendu une réaction à ce glissement sémantique ? Jamais. Car enfin, on ne nous demande pas de réagir, on nous demande simplement d’aller gentiment voter aux primaires pour valider ces principes. Ensuite, on aura le droit de se taire pendant cinq ans en oubliant que le pays n'a plus de gouvernement mais de simples collaborateurs du président.

Et la loi dans tout cela ?
Le domaine législatif ? Broutille que cela, c’est complètement dépassé ! Va-t-on perdre son temps à proposer et voter des lois puisque le président décidera lui-même dans tous les domaines. Voyez : c'est ainsi qu'opéraient déjà nos anciens rois. On revient donc progressivement aux sources.

Des députés ? Mais vous n'y pensez pas pas ma chère ! Et pourquoi faire ?
Oui mais… Certains prétendent que, aussitôt après l’élection présidentielle, seront élus des députés à l'Assemblée nationale. Certains prétendent même qu'ils seront dépositaires de la volonté du peuple pour discuter et voter les lois.  C'est un tantinet archaique quand on sait que le locataire de l'Elysée prétend faire tout cela par lui-même. Montesquieu, ne te réveille pas, tu en deviendrais fou !  Que se passera-t-il dans l’hypothèse ou l’Assemblée nationale laisserait sans suite les promesses présidentielles ou même s’y opposerait  ? Comme les six débatteurs de la primaire socialiste, je préfère ne pas y penser. Parfois, je le reconnais, je me pose des questions qui n’ont aucun sens. Si cette possibilité de divergence entre l'Elysée et l'Assemblée nationale existait, ils en auraient parlé lors de leurs débats non ?

En attendant
En attendant, j'attendrai l'élection la plus importante entre toutes : l'élection des députés à l'Assemblée nationale. En attendant, je m'abstiendrai de participer à la comédie médiatisée des primaires socialistes. D'autant plus que, soutenant la démarche combative de Mélanchon, l'honnêteté intellectuelle m'interdit d'aller faire de la figuration pour choisir ce socialisme mou futur gestionnaire des ruines laissées par le Sarkozysme.

(1) Je ne sais pourquoi, ils disent tous et toujours pour "la France et les Français". Cette formulation et inexacte. La France est un territoire, mais ses habitants ne sont pas nécessairement tous des Français. Loin s'en faut. Il conviendrait donc de dire "la France et ses habitants".