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15 oct. 2011

Le 17 octobre 1961

Le massacre des participants à la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 à Paris, pendant la guerre d’Algérie,  fait partie de notre histoire. L’association Au nom de la mémoire lance un appel pour commémorer cette tuerie raciste perpétrée à Paris par les forces de l’ordre de notre République et sous l’autorité du préfet Papon.
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Texte de l’appel
«Il y a cinquante ans, le préfet de Police de la Seine, Maurice Papon, avec l'accord du gouvernement, imposa un couvre-feu visant exclusivement tous les Français musulmans d'Algérie.
«Ce couvre-feu raciste entraina une réaction pacifique des Algériens, sous la forme d'une manifestation dans les rues de Paris. Au soir du mardi 17 octobre 1961, ils furent près de trente mille, hommes, femmes et enfants, à défiler pacifiquement sur les grandes artères de la capitale pour revendiquer le droit à l'égalité et défendre l'indépendance de l'Algérie.
«La répression policière de cette protestation non violente est une des pages les plus sombres de notre histoire. Longtemps dissimulée à l'opinion et désormais établie par les historiens, elle fut féroce : onze mille arrestations, des dizaines d'assassinats, dont de nombreux manifestants noyés dans la Seine, tués par balles, frappés à mort. 
«Le temps est venu d'une reconnaissance officielle de cette tragédie dont la mémoire est aussi bien française qu'algérienne. Les victimes oubliées du 17 octobre 1961 travaillaient, habitaient et vivaient en France. Nous leur devons cette justice élémentaire, celle du souvenir. 
«Reconnaitre les crimes du 17 octobre 1961, c'est aussi ouvrir les pages d'une histoire apaisée entre les deux rives de la Méditerranée. En 2012, l'Algérie fêtera cinquante ans d'une indépendance qui fut aussi une déchirure française. A l'orée de cette commémoration, seule la vérité est gage de réconciliation. 
«Ni vengeance, ni repentance, mais justice de la vérité et réconciliation des peuples: c'est ainsi que nous construirons une nouvelle fraternité franco-algérienne. »
Différents organes de presse publient cet appel en indiquant le moyen d’y apporter votre signature pour le soutenir.
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Mes souvenirs personnels
A cette époque, depuis début aout 1961, je travaillais alors chez Grimar, rue Bréguet dans le 11ème arrondissement. Mon lieu de travail étant situé à proximité de la Bastille, j’avais donc la possibilité de participer aux fréquentes manifestations contre la guerre que la France conduisait en Algérie. D’autant plus que, travaillant de nuit à partir de 20 h, et les manifs commençant à 18 h, j’avais donc le temps nécessaire pour y participer.  Manifestations violentes, souvent sanglantes, avec des charges de CRS qui nous matraquaient. Obligés de reculer et fuir dans le désordre, nous laissions parfois sur le carreau des camarades ensanglantés qui disparaissaient derrière les lignes policières. Que devenaient-ils ? Du sang, des cris, des larmes, et la chaussée jonchée de chaussures et objets divers abandonnés dans notre fuite sous les coups de matraques – beaucoup de chaussures de femmes été abandonnées dans la fuite.
Un jour, un CRS s’est aventuré seul trop en avant, la foule s’en est emparée, l’a englouti, je ne l’ai pas revu, excepté son casque brandi plus tard par un des manifestants.
Autant que je m’en souvienne, seul le Parti communiste appelait et organisait ces manifestations contre la guerre et pour la paix en Algérie... Les socialistes – qui avaient demandé les pleins pouvoirs pour faire la paix avaient bien sur fait tout le contraire en envoyant le contingent en Algérie - étaient comme toujours invisibles. Ensuite, toujours avec le Parti communiste, ce fut la lutte contre l’agression américaine au Viet-Nam. Nation, Bastille, République, je crois en avoir connu chacun des pavés
En 1961, après les manifs, quand l’heure était venue, je devais alors me rendre à mon travail de nuit rue Bréguet. J’arrivais les cheveux ébouriffés, parfois mes vêtements déchirés, une fois avec un doigt foulé. Je sentais peser sur moi le regard de mes camarades de travail. Aucun, jamais, ne m’a posé une question…Et moi je pensais : “on matraque à mort des hommes et femmes pacifiques sur le Boulevard à côté, et eux continuent à faire consciencieusement des copeaux sur leur machine comme si rien n’était.”