Extraits du Discours de Bayeux“Du Parlement, composé de deux Chambres et exerçant le pouvoir législatif, il va de soi que le pouvoir exécutif ne saurait procéder, sous peine d'aboutir à cette confusion des pouvoirs dans laquelle le Gouvernement ne serait bientôt plus rien qu'un assemblage de délégations. (…)En vérité, l'unité, la cohésion, la discipline intérieure du Gouvernement de la France doivent être des choses sacrées, sous peine de voir rapidement la direction même du pays impuissante et disqualifiée. Or, comment cette unité, cette cohésion, cette discipline, seraient-elles maintenues à la longue si le pouvoir exécutif émanait de l'autre pouvoir auquel il doit faire équilibre, et si chacun des membres du Gouvernement, lequel est collectivement responsable devant la représentation nationale tout entière, n'était, à son poste, que le mandataire d'un parti ? (…)“Mais aussi tous les principes et toutes les expériences exigent que les pouvoirs publics : législatif, exécutif, judiciaire, soient nettement séparés et fortement équilibrés et, qu'au-dessus des contingences politiques, soit établi un arbitrage national qui fasse valoir la continuité au milieu des combinaisons. (…) “C'est donc du chef de l'État, placé au-dessus des partis, (…) que doit procéder (3) le pouvoir exécutif. Au chef de l'État la charge d'accorder l'intérêt général quant au choix des hommes avec l'orientation qui se dégage du Parlement. À lui la mission de nommer les ministres et, d'abord, bien entendu, le Premier, qui devra diriger la politique et le travail du Gouvernement. (4) Au chef de l'État la fonction de promulguer les lois et de prendre les décrets, car c'est envers l'État tout entier que ceux-ci et celles-là engagent les citoyens. À lui la tâche de présider les Conseils du Gouvernement et d'y exercer cette influence de la continuité dont une nation ne se passe pas. À lui l'attribution de servir d'arbitre au-dessus des contingences politiques, soit normalement par le conseil, soit, dans les moments de grave confusion, en invitant le pays à faire connaître par des élections sa décision souveraine. |
(1) D’autant plus, ô suprême hérésie, que les attributions de circonscriptions pour les élections législatives se négocient dès maintenant au niveau de la présidentielle. En violation du principe de séparation des pouvoirs, on peut difficilement faire pire. Ils sont presque tous sortis de l’ENA, tout cela pour en arriver là.
(2) Une véritable escroquerie intellectuelle que l’utilisation généralisée par la droite et des médias du possessif “son gouvernement”. Car ce n’est pas le gouvernement du président, c’est le gouvernement de la République française.
(3) Le fait que la nomination des membres du gouvernement procède de la prérogative présidentielle ne signifie nullement que ce gouvernement soit dirigé par le président. Pour preuve : le Gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale, ce qui n’est pas le cas du Président. Mais alors, pourquoi les parlementaires sont-ils convoqués (et se laissent convoqués, comme par allégence) chaque mois à l’Elysée pour recevoir les instructions du Président ? Là est la question, là est un aspect du viol de la Constitution.
(4) Ce qui, dans l’actuelle Constitution, s’est traduit par l’article 20 “Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la nation.” Charles de Gaulle n’aurait jamais dit “mon gouvernement” mais “le gouvernement”. Il ne disait pas “mon Premier ministre” mais “le Premier ministre”.
| Je constate que les médias, ces formateurs de l’opinion publique, ont généralement une profonde méconnaissance des principes constitutionnels sensés définir l’organisation des pouvoirs. Exemple : à propos de l’abandon ou non du nucléaire, rien n’oblige Eva Joly, candidate, à se considérer engagée par l’accord passé entre les partis Verts et PS. Ce problème du nucléaire relève d’un “contrat de gouvernement/majorité législative” élaboré par les partis à l’occasion de l’élection des députés et non pas de l’élection présidentielle. Le ou la futur(e) président(e) de la République ne saurait (ne devrait) jamais être lié(e) par de tels accords entre les partis puisque leur fonction ne saurait être confondue avec celle du gouvernement. C’est le futur Premier ministre qui sera chef du Gouvernement et chef de la majorité législative, et non pas le Président. |
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