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3 févr. 2012

Entre les mains d’un seul homme !

Le destin de la France entre les mains d’un seul homme imagesCAG1OZ36

Difficile à ne pas le remarquer, les discours des principaux compétiteurs à la présidence de la République invitent les français à déposer leurs aspirations entre les mains d’une seule personne, une sorte de sauveur en somme. Les votes conçus comme une offrande à l’élu. C’est ici curieuse manière d’inviter les Français à prendre en main leur destin. Oui, c’est le coup du sauveur de la France qu’on nous rejoue. A force d’apprendre aux enfants que la France à été sauvée par Jeanne d’Arc, y a actuellement dans le pays un léger vent de bonapartisme qui souffle du Napoléon III.  Celui que Victor Hugo désignait cruellement sous le terme de “Petit”.

Que devient le “peuple souverain”  exerçant sa souveraineté par l’intermédiaire de ses élus ? Où et quand ce thème essentiel est-il mis en débat par les formations politiques ? A l’exercice du pouvoir du peuple souverain on a progressivement substitué le pouvoir d’un souverain sur le peuple. 

Ce n’est pas aux candidats à la présidence de proposer un programme.

Ce sont les candidats députés à l’Assemblée nationale qui devraient proposer leurs programmes.

Cela sert à quoi un programme présidentiel ? Pourquoi faut-il en France que l’élection d’un président de la République se fasse à partir du programme d’un seul homme sensé tout prévoir et tout décider jusqu’à la largeur des trottoirs et le menu des cantines scolaires et le prix des consultations médicales ? Quelle est cette nouvelle culture politique déresponsabilisante  rabaissant les citoyens au rôle de spectateurs et de claque dans les meetings ?

Quelle utilité présente un tel programme si l’on sait que le président élu n’aura pas constitutionnellement vocation à gouverner, son rôle se limitant à nommer le Premier ministre ainsi que les autres membres du gouvernement qui, eux auront la charge de gouverner. Quand le président – tel Nicolas Sarkozy - gouverne en se substituant au gouvernement, il viole la Constitution au lieu d’en être le garant.

Et l’Assemblée nationale : qu’en faire alors si elle ne sert plus à rien ? 250px-Louis_xvi

Quelle est donc l’utilité de ce programme si l’on sait que le prochain Gouvernement sera nommé, non pas sur la base du programme du Président mais en fonction de la nouvelle majorité à l’Assemblée nationale issue des élections législatives ? Sinon, il faudra admettre que l’Assemblée nationale ne sert plus à rien, sauf à donner un semblant de démocratie parlementaire à travers la petite lucarne de la TV lors des “questions au gouvernement”. Que dire également de ces parlementaires qui, chaque mois, se laissent convoquer à l’Elysée pour se faire recadrer par le président ?  Poutine ne fait pas pire.

Non à un programme présidentiel !  Oui à un programme législatif !

Ce sont essentiellement des programmes pour les élections législatives qui devraient être élaborés et proposés et débattus à l’initiative des formations politiques.  Or, il n’en est plus question. Aux oubliettes les législateurs du parlement. Effacés, écrasés par l’importance et l’omniprésence du président. Qui décidera du contenu des réformes et des budgets au cours des prochaines années? Tout laisse à penser que ce sera le seul président, l’Assemblée nationale se contentant d’être une simple chambre d’enregistrement. Quant au Sénat, machine à faire du vent,  inutile d’en parler.

La vérité oblige à reconnaitre que cette situation ne s’est pas créée soudainement. Ce sont les parlementaires et formations politiques établies qui ont laissé se créer cette situation.

Un jour il faudra choisir : ou bien la monarchie élyséenne type Second Empire Napoléon III, ou bien la République parlementaire. Actuellement, les grands partis incitent les électeurs à choisir un “sauveur suprême” – donc à se rallier à une solution de type monarchique. Ils portent une grande responsabilité devant l’Histoire en invitant les citoyens à voter pour leurs  faiseurs de miracles.